Les maladies imaginaires. Vraiment imaginaires ? Dr Laurence PLUMEY

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La fameuse tirade extraite du « Malade Imaginaire » de Molière illustre parfaitement les propos et pensées d’un homme (Argan) dont la tendance hypocondriaque est exploitée par son médecin (Monsieur Diafoirius) qui en tire bien profit, et de son entourage (Toinette). Si l’hypocondriaque de l’époque faisait les choux gras de la médecine, on ne pourrait pas en dire autant à notre époque. Il ferait surtout le désespoir de son médecin qui après avoir épuisé les ressources médicales et biologiques dont il peut disposer, serait bien en peine de pouvoir porter un diagnostic. Car nous avons une chance folle, celle de pouvoir explorer en grande partie tout le corps humain afin d’y comprendre la nature et le diagnostic d’une maladie.

Et si c’était dans la tête ?

Si tel était le cas, la maladie imaginaire aurait vite été démasquée car nous vivons à une époque où si l’on ne trouve rien, c’est qu’il n’y a rien ! Les méthodes d’explorations sont en effet devenues extrêmement sophistiquées : difficiles à une pathologie d’échapper à la précision d’un scanner, d’une IRM, de biopsies tissulaires.

A moins que ces symptômes ne fassent partie de certains troubles neurologiques ou psychologiques que l’on a bien du mal à cerner car nous entrons alors dans le domaine secret du cerveau. L’anxieux, le dépressif, le « traumatisé » craint déraisonnablement pour sa santé et, par peur de la maladie et de la mort, s’imagine toujours couver « quelque chose de grave ». La crampe du bras gauche est forcément un signe de début d’infarctus, la perte des clés est un signe avant coureur d’Alzheimer, la crise de migraine est un cancer du cerveau … Tout est matière à l’inquiétude.  Certes, peut être en toute légitimité, mais nous avons les moyens de le savoir. Il n’y a donc plus guère de place pour le phantasme. En revanche, cela coûte très cher à la Sécurité Sociale.

Ceci dit, c’est une très bonne chose de consulter son médecin quand on est inquiet. Malheureusement trop de cancers sont diagnostiqués à un stade tardif, par négligence de la part du patient … ou du médecin. Il faut simplement trouver un juste équilibre entre le trop et le pas assez.

Par ailleurs, à signaler qu’à force de se croire malade, on peut finir par le devenir. Il est bien connu que les pessimistes et les anxieux ont plus de risque de développer des maladies cardio vasculaires, des cancers et d’authentiques dépressions – et ce, plus que les optimistes.

Mais si c’était vrai ?

En effet,  si l’hypocondriaque s’imagine des pathologies qu’il n’a pas – en revanche, nous pouvons aussi être confrontés à des maladies que nous ne connaissons pas et que nous pourrions taxer à tort d’imaginaires. Ce pourrait bien être le cas de l’Hypersensibilité électromagnétique (HSE). En présence de champs électromagnétiques, les personnes qui en souffrent présentent des symptômes que l’on pourrait très bien taxer de « psychosomatiques » ou de « maladies imaginaires » (« c’est dans la tête que ça se passe … ») : fatigue, maux de tête, troubles neurologiques … Jusqu’au moment où l’affinement des méthodes d’exploration nous permettront peut être un jour de comprendre ce qui se passe dans le corps de ces personnes afin d’en faire un vrai diagnostic et d’en trouver le traitement. La maladie de Lyme a également longtemps été cause de nombreux errements diagnostiques tant ses symptômes pouvaient être atypiques et peu spécifiques. Quoi de plus banal en effet qu’une fatigue prolongée assortie de douleurs articulaires et musculaires. Un peu d’arthrite, vous dis je …

Heureusement, les sérodiagnostics ont permis d’y voir plus clairs. Sans eux, encore un malade imaginaire.

Ainsi, la maladie imaginaire a encore de beaux jours devant elle. Soit elle relève de la crainte exacerbée d’être malade et déraisonnablement source de consultations et d’examens complémentaires fort coûteux, soit elle exprime les symptômes d’une maladie jusque là inconnue et que nous aurions bien tort de balayer du revers de la main.  Alors, faisons confiance en les progrès de la Science et de la Médecine qui laisseront de moins en moins de place à l’imaginaire,  au profit de la réalité organique.

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