Prevention

Préparer, anticiper le retour au travail après un cancer

Chaque année, en France, plus de 350 000 personnes sont touchées par un cancer. 100 000 d’entre elles travaillent. Une situation qui, avec le recul de l’âge du départ en retraite, risque d’être de plus en plus fréquente. Or, le retour au travail est un élément essentiel de la phase de reconstruction du patient. Une étape qui, si elle ne se déroule pas dans les meilleures conditions, peut compromettre la réinsertion socioprofessionnelle sur le long terme.

Mutuelle Bleue, cancer

UNE VIE « NORMALE »

Le retour dans le monde professionnel est un moment attendu par de nombreux patients, car il signe le retour à une vie « normale ». Mais les premiers temps sont fortement imprégnés d’inquiétudes légitimes et marqués par une plus grande fatigabilité, des douleurs, des troubles de la mémoire et de la concentration, effets secondaires reconnus des traitements. « Il y a un double enjeu social et psychique, souligne Monique Sevellec, car le travail aide à retrouver une place, à être un acteur dans la société. »
D’ailleurs, les Français, interrogés lors d’un sondage mené pour l’Institut Curie, désignaient à 30 % cette réinsertion professionnelle comme la principale difficulté rencontrée par les personnes guéries d’un cancer.
Pourtant, ces difficultés peuvent être limitées par une plus grande anticipation et une meilleure préparation de ce retour, avec l’équipe soignante et la médecine du travail, le médecin traitant, les collègues, la hiérarchie et les ressources humaines de l’entreprise.
Pour le Dr Laure Copel, cancérologue au sein du département interdisciplinaire des soins de support à l’Institut Curie, deux risques majeurs se présentent : « Dans certaines situations, l’ancien patient peut retourner au travail sans se rendre compte qu’il garde encore des stigmates de la maladie… avec notamment une fatigabilité intense. Cela peut parfois conduire à un nouvel arrêt de travail ; le patient est alors malheureux de se sentir moins performant qu’avant, voire culpabiliser si on lui fait sentir qu’il n’a pas été assez courageux. Inversement, d’autres patients se sont bien préparés à leur retour au travail mais ils arrivent dans une entreprise qui, elle, ne l’est pas, et qui leur fait comprendre qu’elle n’a plus besoin d’eux. Le sentiment d’inutilité ou de mise à l’écart peut également engendrer des dégats psychiques considérables ».


DES SITUATIONS HÉTÉROGÈNES

Après la maladie et les traitements, le retour au travail fermerait donc la parenthèse pour retrouver la vie d’avant. Et pourtant, ce n’est pas toujours chose facile. Une enquête réalisée à l’Institut Curie sur les répercussions du cancer sur la vie professionnelle le montre : « Si 8 salariés sur 10 retravaillent après un cancer, la moitié d’entre eux disent rencontrer des difficultés. Environ 20 % des salariés disent même avoir été pénalisés dans leur emploi à cause de leur maladie », déclare le Dr Bernard Asselain, un des auteurs de cette étude.


« La question recouvre un ensemble de situations variées, ajoute Monique Sevellec, psychosociologue à l’Institut Curie et coauteure de l’étude. 27 % des salariés ont poursuivi leur activité professionnelle au cours des traitements, 79 % ont repris leur activité professionnelle dans les deux ans suivant le diagnostic. Ce taux est variable selon la localisation du cancer : s’il est de 92 % pour les cancers du sein, de 78 % pour les cancers de la prostate, il n’est que de 38 % pour les cancers du poumon. Les cadres supérieurs reprennent le travail le plus rapidement (50 % dans les 4 mois suivant le diagnostic), tandis que les employés et ouvriers ont une médiane de reprise de 10 mois. »

 

 

 
LE MÉDECIN DU TRAVAIL, UN ALLIÉ CLÉ

Les médecins du travail conseillent aux patients de prendre contact avec la médecine du travail bien avant la date prévue de leur reprise, idéalement plusieurs semaines, afin de préparer au mieux ce retour. Pour les arrêts de longue durée (supérieurs à trois mois), la loi prévoit une visite de pré-reprise, mais celle-ci est encore trop peu connue et rarement effectuée. Ou alors trop tard, quelques jours seulement avant le retour dans l’entreprise, ce qui ne permet pas d’anticiper et de mettre en place les aménagements de poste dans de bonnes conditions. Pourtant, cette visite permet de discuter avec le salarié, de savoir s’il y a des difficultés pressenties. « Certains salariés ont des doutes quant à leurs capacités physiques ou leur solidité psychologique à reprendre le travail », remarque le Dr Françoise Cotasson.

À l’inverse, d’autres, trop optimistes, s’imaginent à tort qu’ils vont pouvoir reprendre exactement comme avant.
La visite de pré-reprise est le moment idéal pour envisager des aménagements du poste de travail. Certains anciens malades ne peuvent plus porter de charges lourdes. Il faut aussi prendre en compte les trajets pour aller au travail, notamment quand ils sont longs et effectués en transports en commun, parfois debout. Le principal outil à la disposition du médecin est le temps partiel thérapeutique. Il faut qu’il soit bien compris et accepté du salarié. Et il doit se faire en bonne entente avec l’employeur, en s’assurant que les missions du salarié soient allégées à la mesure de son temps de travail et en veillant à ce que cela ne conduise pas à une surcharge trop importante d’autres salariés, ce qui nuirait au fonctionnement du service et au bon retour du salarié arrêté. Mais le Dr Cotasson avoue que « les aménagements de postes sont parfois difficiles à mettre en place notamment dans les petites entreprises… Pourtant, quand elle est faite dans de bonnes conditions, la reprise du travail peut être très positive pour l’ancien malade, elle l’aide à se reconstruire », conclut-elle.

 

QUELQUES CONSEILS

  • Anticiper. Il faut préparer ce retour dès le début de la maladie, même si ce n’est pas simple et qu’on a d’autres choses à penser.

  • Garder le contact avec l’entreprise, pas forcément avec son patron, mais avec un collègue de confiance, par exemple, même de manière ténue. Cela permet de se tenir au courant des évolutions : nouveaux produits, nouvelles méthodes de travail…

  • Prendre tout le repos nécessaire, sans se mettre la pression (« mes collègues ont besoin de moi »), en prévoyant une période de convalescence. C’est dans cet « oeil du cyclone », après la fin des traitements et avant la reprise, qu’on peut prendre le temps de remettre son corps et son esprit « à niveau ».

  • Réfléchir à ce qu’on veut faire et avec qui. La maladie modifie le rapport à l’activité professionnelle. On recherche des activités plus valorisantes, plus signifiantes, plus porteuses de valeurs humaines, tout en restant dans un univers compétitif si on le désire, car on sait faire face à l’adversité !

  • Valoriser ce qu’on a appris au décours de l’expérience de la maladie. La maladie est l’occasion de nouveaux apprentissages et donc de développement personnel. On apprend de fait à savoir prendre des décisions en situation d’incertitude, à envisager différemment ses relations aux autres. On peut prendre une feuille de papier et lister toutes les compétences acquises en termes de savoirs, savoir-faire et savoir-être et voir ensuite comment les transférer au monde du travail.

  • Faire entrer la maladie dans l’entreprise. À priori, elle n’y existe pas : soit on est malade et en arrêt, soit on est au travail donc on est guéri. Mais le cancer devient une maladie chronique et c’est une variable comme une autre à prendre en compte dans les stratégies managériales. Il faut en parler pour lutter contre les images négatives et les peurs qu’il véhicule et inciter son entreprise à poser le sujet du cancer et du travail pour passer d’une logique de gestion de ces situations au cas par cas à une égalité de traitement de l’ensemble des salariés confrontés à la maladie.

  • Se faire aider. Selon les entreprises et la situation, on peut se tourner directement vers son manager ou vers le médecin du travail, le responsable de la mission handicap, ou, quand il n’en existe pas comme dans les petites entreprises, vers des organismes d’aide collectifs (assistante sociale de votre établissement de soins, de la Caisse d’Assurance maladie, Cap Emploi…).

  • Écouter les messages de son corps. Quand on est en bonne santé, on ne le fait pas, mais la maladie nous met face à nos limites. Il faut apprendre à reconnaître nos facteurs d’anxiété, les signes de fatigue… Et préférer faire une pause de 2 minutes plutôt que de risquer une décompensation.


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