Prevention

La mode du sans gluten : légitime ou pas ?

Nous vivons à l’époque du sans gluten. Ce pauvre gluten se voir accusé de tous les maux. Il serait responsable de tous les problèmes de digestion, des dysfonctionnements immunitaires, et même du syndrome de fatigue chronique. On commence même à voir fleurir les régimes sans gluten pour maigrir.

Mutuelle Bleue - La mode du sans gluten

Cet emballement est bien évidemment excessif, sauf pour les cas authentiques d’intolérance au gluten qui représentent une grande famille de différents profils d’intolérants. Et c’est bien parce que les formes cliniques sont diverses et variées, que le flou profite aux opportunistes qu’ils soient fabriquants de produits sans gluten,  faiseurs de régimes à la mode ou médias à la recherche de scoop.

Voici donc le niveau de certitudes et d’incertitudes dans lequel la Communauté Scientifique et Médicale évolue actuellement.

La maladie coeliaque : elle existe bel et bien.

Cette intolérance totale au gluten concerne 1% de la population européenne et est en réalité une maladie auto – immune. Cela signifie que la personne qui en est atteinte développe des auto anticorps (Ac) qu’elle va diriger contre l’enzyme intestinale qu’elle possède et qui en temps normal lui permet de bien  digérer le gluten : la trans glutaminase. Le gluten non digéré va alors entraîner une réaction inflammatoire locale qui détruit la muqueuse intestinale, déclenche des douleurs abdominales et troubles du transit et altère les capacités d’absorption des éléments nutritionnels.

Il y a une prédisposition génétique (génotype HLA DQ2/DQ8) et le déclenchement de cette réaction immunitaire destructrice peut être facilité par des infections, du stress … Elle peut se développer à n’importe quel âge : chez le très jeune enfant, comme chez le senior.
Il faut donc être vigilant et y penser devant certains symptômes révélateurs, tout en sachant que certaines formes de maladie coeliaque sont très atypiques.

 

Quand y penser ?

Ce sont les signes digestifs qui sont les plus typiques : diarrhées récurrentes, douleurs abdominales chroniques, parfois du sang dans les selles. Typiquement ces symptômes surviennent dans l’heure qui suit l’ingestion de pain, de pâtes et autres produits céréaliers. Ils incitent donc à penser que le gluten puisse en être le responsable. Ceci peut arriver chez le nourrisson dès l’introduction des farines céréalières au moment de la diversification alimentaire ou plus tardivement chez l’enfant plus âgé, l’adolescent ou l’adulte.
Mais les signes peuvent être totalement atypiques : fatigue, retard de croissance staturo-pondéral, anémies diverses, manque de vitamine D, ostéoporose précoce chez l’adulte (par mauvaise absorption du calcium et de la vitamine D), simples petits troubles digestifs chroniques (par exemple, nue constipation inhabituelle), et même une aphtose buccale récidivante.

En somme, vous l’avez compris, on ne peut pas se contenter des signes cliniques pour en faire le diagnostic.



Comment en faire le diagnostic ?

Il faut compléter l’investigation clinique par la recherche d’anticorps anti-transglutaminases de type Ig A. Si ceux-ci sont positifs, on procède à une fibroscopie avec biopsie de la muqueuse duodénale qui confirmera le diagnostic de maladie coeliaque par la présence d’une atrophie de la muqueuse intestinale.
On peut éventuellement compléter ces deux éléments par la recherche des gènes de prédisposition (HLA DQ2/DQ8).

Une fois le diagnostic établi, le seul traitement est un régime d’éradication à vie de toute source de gluten. Les contraintes sont lourdes et c’est la raison pour laquelle il ne faut pas se tromper de diagnostic.



Quel enjeu de bien suivre le régime sans gluten strict ?

En l’absence totale de gluten, la muqueuse intestinale reprend ses fonctions habituelles, les symptômes disparaissent et la vie continue !
En revanche, si la personne ne suit son régime que partiellement et s’autorise régulièrement des extras, elle entretient l’inflammation locale, les malabsorptions chroniques et éventuellement (mais très très rarement) des complications plus graves (cancer).
En somme, une personne qui a une maladie coeliaque mais qui mange de façon adaptée n’aura pas de problèmes de santé, à la différence de celle qui prend son cas à la légère. D'où la nécessité de se faire suivre par des spécialistes qui sauront bien expliquer le contexte et ses enjeux.

 

Les hypersensibles au gluten, non malades coeliaques.

Ces personnes, en général des adultes, ont manifestement des troubles digestifs quand ils consomment des aliments contenant du gluten, mais les anticorps sont négatifs. Si la biopsie est faite, elle n’est pas aussi typique que dans la maladie coeliaque. Dans ce cas, que faire ?

Il faut bien évidemment soulager le patient et lui imposer une éradication totale du gluten dans un premier temps. Ensuite, il faudra adapter le comportement alimentaire aux réactions digestives. Si la personne est totalement intolérante, elle devra suivre le même régime qu’en cas de maladie coeliaque. En revanche, il est possible qu’elle puisse supporter de petites doses de gluten. Mais si elle fait des petits extras, il est important pour elle d’être sûre qu’elle n’a pas une authentique maladie coeliaque.



Les inconditionnels du « sans gluten », sans aucune légitimité.

Se dire que se priver de gluten c’est faire du bien à sa santé, alors que l’on le digère bien, est une hérésie car c’est se priver des qualités nutritionnelles de tous les produits céréaliers et risquer de déséquilibrer son alimentation.

Impliquer le gluten pour le moindre problème digestif et se priver de nombreux aliments utiles et importants sans aller plus loin dans la recherche de diagnostic, sur la simple foi de conseils sur un forum internet est également irréaliste.

Attention à tous ces mouvements « anti lait, anti viandes, anti gluten… » qui surfent beaucoup sur le net actuellement et qui ne conduisent qu’à des comportements aberrants éloignant les consommateurs des comportements d’équilibre alimentaire, si importants en prévention santé.

En conclusion, la présence de signes pathologiques se manifestant après la consommation de produits céréaliers (pain, pâtes, biscuits, gâteaux …) et eux seuls, doit inciter non pas à prendre la décision seul(e) de se mettre au sans gluten, mais bien plutôt de consulter un gastro entérologue afin de se donner les moyens de faire un diagnostic précis. L’enjeu est de taille, car les restrictions alimentaires sont de vraies contraintes.
 







Dossier écrit par le Dr Laurence Plumey

Médecin nutritionniste et consultant pour Mutuelle Bleue
dans le cadre du programme « Passeport pour la santé ».


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