Pour un management par la bienveillance

Peut-on exercer un management bienveillant en période de crise ? Il est devenu normal de considérer que la réussite et l’exercice de responsabilités managériales passent par l’absence de scrupules. Interrogés sur leurs pratiques, de plus en plus de managers oscillent entre l’omerta et un discours de justification qui explique que face à la financiarisation de l’économie et l’intensification de la concurrence, il n’y a pas d’autres moyens que de mettre la pression pour assurer la continuité de l’entreprise. Pourtant, dans leur fort intérieur, ces mêmes managers aspirent à autre chose que d’incarner le rôle de barbares à col blanc. Peut-on aujourd’hui assumer un rôle de direction et de management en respectant ses principes
moraux ? Voici quelques pistes d’actions éprouvées par l’expérience, pour retrouver l’âme du métier de manager ainsi qu’une cohérence entre valeurs personnelles et efficacité économique de l’entreprise.

Réponse

Décloisonner
Le fonctionnement des organisations devenant de plus en plus impersonnel, l’anonymat des processus décisionnels peut favoriser des modes de relations virtuels à travers une communication par mails et par notes. Les journées « vis ma vie » favorisent une meilleure connaissance mutuelle des contraintes professionnelles vécues par les collègues et facilitent la création de réseaux professionnels qui décloisonnent l’individu du processus organisationnel dans lequel il est inséré. Chacun comprend mieux les besoins ou les problématiques rencontrées par les autres et cette connaissance réciproque contribue à l’amélioration des relations internes.   

Mobiliser sans harceler
Rares sont les managers qui ne décrivent pas en dehors de leur entreprise des postures de plus en plus inconfortables. La sévérisation des objectifs de résultat et des exigences de productivité sont notamment à l’origine de ce mal-être. En parallèle, il est constaté une augmentation de la fréquence des évaluations avec des objectifs passés d’annuels à semestriels.
En théorie, la concertation est reine et un bon objectif est élaboré conjointement. Apprendre à négocier ses objectifs et à savoir dire non quand la cible est hors de portée peut être salvateur pour l’entreprise. Le mauvais choix consisterait à être faussement docile en acceptant l’impossible mais à passer ensuite toute son énergie à gérer la non atteinte des objectifs au mieux de ses intérêts personnels et en répercutant la pression sur ses collaborateurs. Il faut savoir permettre l’expression d’un désaccord et faciliter la formulation de contre-propositions. S'exprimer permet de prendre un recul critique et de conserver une cohérence avec ses principes éthiques. Si l’on obtient des aménagements, le courage d’avoir pris position sera récompensé. Mais si cela ne change rien à la situation, le simple fait d’avoir exprimé ses réticences à sa hiérarchie rend le manager plus crédible pour assumer sa décision.
La mobilisation par le stress ou la peur est une stratégie qui a l’inconvénient majeur de générer à moyen terme et long terme des coûts supérieurs au bénéfice des gains obtenus à court terme. L’absentéisme, les relations clients, l’image de marque de la société, la qualité de services se dégradent faute de motivation. Pour motiver une équipe, il faut savoir identifier ce qui fait avancer chaque collaborateur.
S’agit-il d’un besoin de reconnaissance, d’évoluer vers des responsabilités de chef de projet, d’avoir une rétribution par rapport à une tâche ou une mission supplémentaire accomplie ? A chacun peut correspondre un levier de motivation. C’est un moyen de renouer avec une stratégie de contrat individualisé au sein d’une organisation.

Partager l’information
Communiquer rapidement et tenir informé est essentiel. Prévenir un collaborateur lorsqu’un projet est arrêté ou prendre des décisions dans des délais raisonnables sans passer un temps considérable à les mûrir permet d’éviter qu’une annonce devienne la confirmation d’une rumeur.
Organiser des réunions d’information pour faire un point sur la marche de l’entreprise permet aux équipes de se sentir respectées et consolide le collectif de travail pour affronter ensemble les situations les plus difficiles. Cette préconisation doit toutefois être appliquée avec discernement. Communiquer à outrance peut se révéler contre-productif. Si l’on submerge ses collaborateurs d’informations, ils leurs devient difficile de faire le tri de ce qui est pertinent pour le bon exercice de leurs fonctions. Enfin, si des informations confidentielles ne peuvent pas être divulguées, le manager expliquera qu’il n’a pas le droit de communiquer.

En conclusion, éthique relationnelle et efficacité économique s’inscrivent dans un cercle vertueux. Si l’entreprise veut aller au-delà de la déclaration d’intention, les salariés auront envie de s’y accomplir professionnellement, tout en adhérant plus facilement à ses objectifs. De plus, cet environnement suscitera fierté et sentiment d’appartenance grâce à la cohérence réelle ainsi créée entre l’action et le discours. Même si la tentation du court terme est omniprésente, favoriser un management bienveillant renforce le mieux-être des collaborateurs.

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